Les premiers prisonniers allemands
Les combats qui se sont déroulés à Varreddes entre le 5 et le 10 septembre 1914 s’inscrivent dans la bataille de l’Ourcq (elle-même composante clé de la première bataille de la Marne). Ce secteur a été le théâtre d’affrontements d’une violence extrême, opposant la 6e armée française du général Maunoury à la 1re armée allemande du général von Kluck. Varreddes constituait un verrou stratégique majeur en raison de sa position géographique, juste au nord de Meaux, contrôlant les accès vers le plateau du Multien et les ponts sur la Marne.

L’avancée allemande et la menace sur le flanc (5 – 6 septembre)
Début septembre, la pointe de l’armée allemande contourne Paris par l’est et commence à traverser la Marne à Varreddes. Le général Gallieni (gouverneur militaire de Paris) et le général Joffre décident de lancer une contre-offensive surprise sur le flanc droit allemand exposé. Les Français attaquent depuis Monthyon. Face à cette menace, von Kluck stoppe sa marche vers le sud et fait faire volte-face à ses troupes pour verrouiller le secteur de Varreddes, Barcy et Chambry.



La sanglante journée du 7 septembre : l’assaut de la Côte 107
Le 7 septembre 1914, le village de Varreddes est solidement installé au cœur des lignes allemandes. La crête qui domine le village (la Côte 107) est fortifiée par l’ennemi qui y déploie des nids de mitrailleuses redoutables.
- Vers 21 heures, le 1er bataillon de tirailleurs marocains (commandé par Poeymirau) tente d’investir la crête sous un feu d’enfer et doit se replier avec de lourdes pertes.
- À la faveur de la nuit, une compagnie de zouaves parvient à ramper à travers les fourrés de la colline. Ils surprennent une première ligne allemande en plein ravitaillement. Un combat acharné au corps-à-corps et à la baïonnette s’engage. Les Français parviennent brièvement à enlever la position, mais une contre-attaque allemande massive les oblige à reculer au pied de la colline, vers la ferme de la Cantine à Chambry.
L’apparition des premières tranchées (8 – 9 septembre)

C’est précisément à Varreddes, sur le flanc de ces collines escarpées, que les soldats des deux camps commencent à creuser la terre à la hâte pour se protéger de l’artillerie. Ces trous individuels, reliés entre eux au milieu des champs, préfigurent le système des premières tranchées de la Grande Guerre. Les combats s’enlisent sous une chaleur étouffante, les pertes sont effroyables des deux côtés.
La retraite allemande et la libération du village (10 septembre)
Malgré leur résistance acharnée sur l’Ourcq, les Allemands sont menacés d’encerclement plus au sud par l’armée britannique et la 5e armée française. Dans la nuit du 9 au 10 septembre, von Kluck ordonne la retraite générale vers le nord. Le 10 septembre, les troupes françaises entrent enfin dans Varreddes, découvrant le village dévasté par les obus.
La tragédie locale : Le « Village Martyr »

L’histoire des combats de Varreddes est indissociable des souffrances endurées par sa population civile, un épisode cruel qui marquera la commune à tout jamais.
- L’ambulance de la Mairie : Durant les combats, les Allemands transforment la mairie en poste de secours. Lors de leur repli précipité le 10 septembre, ils y abandonnent leurs blessés trop graves pour être transportés.
- Le drame des otages civils : Le 7 septembre, sous tension face à la contre-attaque française, les Allemands accusent injustement le curé du village, l’abbé Fossin, d’avoir fait des signaux à l’artillerie française depuis le clocher de l’église. Par représailles, ils arrêtent 18 hommes du village, principalement des personnes âgées. Rassemblés dans la cour d’une ferme, ils sont déportés à pied comme « boucliers humains » lors de la retraite allemande vers le nord. Seuls 8 d’entre eux survivront à cette marche forcée vers l’Allemagne

