Comme toutes les nations, l’Allemagne et l’Autriche rĂ©compensent et dĂ©corent les plus mĂ©ritants de leurs soldats
La Croix de Fer

De toutes les distinctions militaires, la Croix de Fer est la plus populaire, car sa sobre simplicitĂ© reflète le sĂ©rieux des grandes Ă©poques. InstituĂ©e le 10 mars 1813 par FrĂ©dĂ©ric-Guillaume III, le jour de l’anniversaire de la reine Louise, elle fut renouvelĂ©e par le roi Guillaume le 19 juillet 1870, jour anniversaire de la mort de sa mère, l’inoubliable reine Louise.
Aujourd’hui, dans cette immense guerre qui nous est imposĂ©e, ravivant le souvenir d’Ă©poques glorieuses face aux complots qui menacent notre patrie, la Croix de Fer renaĂ®t digne d’exprimer le sentiment allemand le 5 aoĂ»t 1914. Sans distinction de grade ou de rang, cette dĂ©coration n’est dĂ©cernĂ©e que lors des grandes guerres. La Croix de Fer de IIe classe doit d’abord ĂŞtre acquise avant qu’un nouvel acte de bravoure ne soit rĂ©compensĂ© par la Ier classe.
- La IIe classe se porte Ă la boutonnière : avec un ruban noir Ă liserĂ© blanc pour les mĂ©rites au combat, et un ruban blanc Ă liserĂ© noir pour les mĂ©rites Ă l’arrière (Heimat).
- La Ier classe se porte directement sur le côté gauche de la poitrine.
- La Grand-Croix (Grosskreuz), deux fois plus grande, se porte autour du cou. Son attribution n’exige pas l’obtention prĂ©alable des deux premières classes. Elle est rĂ©servĂ©e aux actions exceptionnelles, comme le gain d’une bataille dĂ©cisive, la prise ou la dĂ©fense prolongĂ©e d’une grande forteresse.
- Elle fut dĂ©cernĂ©e avec une telle parcimonie qu’on peut la considĂ©rer comme la plus haute distinction militaire. En 1813/14, seuls BlĂĽcher (pour la bataille de la Katzbach), BĂĽlow (Dennewitz), Tauentzien (Wittenberg) et Yorck (Laon) la reçurent. BlĂĽcher reçut en outre, pour la bataille de Belle-Alliance (Waterloo), une distinction extraordinaire : la grande Étoile Ă rayons d’or, appelĂ©e « BlĂĽcherstern ».
- Lors de la guerre de 1870/71, la Grand-Croix fut attribuĂ©e au Prince hĂ©ritier d’Allemagne, au Prince FrĂ©dĂ©ric-Charles, au Prince hĂ©ritier Albert de Saxe, Ă Moltke, Manteuffel, Goeben et Werder. Lors de l’entrĂ©e triomphale des troupes Ă Berlin le 16 juin 1871, le Kaiser Guillaume Ier la reçut Ă la demande de ses gĂ©nĂ©raux, et la remit Ă©galement au Grand-Duc FrĂ©dĂ©ric-Franz II de Mecklembourg-Schwerin. Dans la guerre actuelle (1914), la Grand-Croix n’a pas encore Ă©tĂ© dĂ©cernĂ©e.
L’Ordre « Pour le MĂ©rite »

L’Ordre « Pour le MĂ©rite » (fig. 2) a en revanche Ă©tĂ© attribuĂ© dans cette guerre. Il a Ă©tĂ© remis au vainqueur de Liège, le GĂ©nĂ©ral von Emmich, au conquĂ©rant d’Anvers, le GĂ©nĂ©ral von Beseler, au sauveur de la Prusse-Orientale, le GĂ©nĂ©ral von Hindenburg, au Capitaine-lieutenant Weddigen (le vaillant commandant du sous-marin U-9), et au Lieutenant von der Linde pour son coup de main audacieux sur un fort de Namur. Plusieurs gĂ©nĂ©raux autrichiens de haut rang ont Ă©galement reçu cette dĂ©coration.
Cet ordre, qui se compose d’une croix Ă©maillĂ©e bleu de ciel, bordĂ©e d’or et entourĂ©e de quatre aigles d’or, fut instituĂ© par FrĂ©dĂ©ric le Grand peu après son accession au trĂ´ne en juin 1740 pour rĂ©compenser les officiers et hauts fonctionnaires mĂ©ritants. En 1810, FrĂ©dĂ©ric-Guillaume III dĂ©crĂ©ta que cette distinction ne rĂ©compenserait plus Ă l’avenir que les mĂ©rites acquis au combat face Ă l’ennemi. Comme honneur particulier, l’ordre peut recevoir trois feuilles de chĂŞne dorĂ©es, et une couronne d’or pour 50 ans de dĂ©tention.
Les grands chefs de guerre reçurent Ă©galement la Grand-Croix de cet ordre, créée en 1866, portant le portrait de FrĂ©dĂ©ric le Grand (ou une plaque de poitrine ornĂ©e du mĂŞme portrait). Les premiers rĂ©cipiendaires furent le Prince hĂ©ritier d’Allemagne et le Prince FrĂ©dĂ©ric-Charles. En dehors d’eux, seul le Feld-marĂ©chal von Moltke la reçut pour son 60e anniversaire de service en 1879. Après la mort de l’Empereur FrĂ©dĂ©ric, il en resta l’unique dĂ©tenteur.
Les Ordres rĂ©gionaux et l’Autriche




Ci-dessus et ci-dessous : 3. Ordre de Maximilien-Joseph de Bavière, 4. Ordre du MĂ©rite militaire de Bavière, 5. Ordre de Saint-Henri de Saxe, 6. Ordre du MĂ©rite militaire de Bade, 7. Ordre du MĂ©rite militaire de Wurtemberg, 8. Ordre de Philippe le Magnanime de Hesse, 9. Ordre autrichien de la Couronne de Fer, 10. Ordre militaire autrichien de Marie-ThĂ©rèse). Toutes les images ont Ă©tĂ© amĂ©liorĂ©es ou colorisĂ©es Ă l’aide de l’intelligence artificielle.




L
Ordre militaire de Saint-Henri de Saxe (Militär-St. Heinrichsorden)
Tout comme le « Pour le MĂ©rite », l’ancien Ordre militaire de Saint-Henri de Saxe (fig. 5) est devenu un ordre exclusivement militaire bien après sa fondation. L’Ă©lecteur FrĂ©dĂ©ric-Auguste II de Saxe (roi de Pologne sous le nom d’Auguste III) l’institua le jour de son 40e anniversaire, en 1736, comme un ordre de mĂ©rite pour les officiers de l’armĂ©e saxonne. Ce n’est qu’en 1829 que les statuts stipulèrent : « que seuls les mĂ©rites acquis par des actions d’Ă©clat sur le champ de bataille […] ouvrent l’accès Ă l’Ordre ».
Cet ordre n’est donc destinĂ© qu’aux officiers, en prioritĂ© saxons, mais aussi Ă d’autres ayant rendu service Ă la personne du Roi ou aux troupes saxonnes. La croix d’or Ă©maillĂ©e de blanc, surmontĂ©e d’une couronne d’or, est ornĂ©e d’une couronne de rue verte, tandis que le mĂ©daillon central Ă©maillĂ© jaune porte l’effigie de l’Empereur Henri II le Saint. L’attribution de l’ordre, qui se porte avec un ruban bleu de ciel Ă deux rayures jaunes citron, commence toujours par la plus basse des quatre classes, et chaque grade supĂ©rieur doit ĂŞtre gagnĂ© par de nouveaux mĂ©rites. Pour le Kaiser Guillaume Ier, une distinction unique fut créée sous la forme de branches de laurier placĂ©es autour de la croix et de l’Ă©toile.
L’Ordre militaire de Marie-ThĂ©rèse d’Autriche (Maria-Theresia-Orden)
Le plus ancien ordre militaire d’Allemagne (au sens de l’espace germanique) revient Ă l’Autriche-Hongrie : l’Ordre de Marie-ThĂ©rèse (fig. 10). InstituĂ© en 1757 par l’ImpĂ©ratrice, il fut dès l’origine destinĂ© exclusivement aux officiers pour rĂ©compenser des exploits militaires.
La croix blanche bordĂ©e d’or prĂ©sente un mĂ©daillon central aux couleurs autrichiennes (bande blanche sur fond rouge) avec l’inscription dorĂ©e « Fortitudini » (Pour la bravoure). Elle se porte avec un ruban rouge vif Ă bande centrale blanche. La Grand-Croix n’est accordĂ©e qu’aux commandants en chef ou chefs de flotte qui remportent une bataille majeure, mènent une campagne victorieuse ou dĂ©fendent une place forte clĂ© avec un courage exceptionnel. La croix de commandeur revient aux chefs de division ou aux chefs d’Ă©tat-major, d’artillerie et de gĂ©nie pour des actes exceptionnels. La croix de chevalier peut quant Ă elle ĂŞtre obtenue par tout officier s’Ă©tant distinguĂ© face Ă l’ennemi. L’admission dans l’ordre confère le rang de chevalier et, sur demande Ă©crite, le titre de baron hĂ©rĂ©ditaire (Freiherr).
L’Ordre de la Couronne de Fer (Orden der Eisernen Krone)
InstituĂ© en 1816 par l’Empereur François Ier (fig. 9), il rĂ©compense l’attachement Ă l’Empereur et Ă l’État. LimitĂ© Ă l’origine Ă 100 chevaliers pour ses trois classes (sans compter les princes), sa dĂ©coration militaire se distingue par deux branches de laurier vert entourant la poitrine de l’aigle.
Les Ordres de Bavière, du Wurtemberg et de Bade
Tout comme l’Ordre de Marie-ThĂ©rèse, l’Ordre militaire de Maximilien-Joseph de Bavière (fig. 3) Ă©lève son rĂ©cipiendaire Ă la noblesse personnelle (et Ă la noblesse hĂ©rĂ©ditaire sous conditions). InstituĂ© en 1797 par l’Ă©lecteur Karl Theodor et renouvelĂ© en 1806 par le roi Maximilien-Joseph Ier, sa croix blanche est entourĂ©e de rayons d’or avec un mĂ©daillon bleu aux initiales d’or. Le ruban est noir Ă liserĂ© bleu de ciel et blanc. Pour les actions de bravoure ne rĂ©pondant pas aux critères de cet ordre Ă©levĂ©, les soldats reçoivent l’une des 5 classes de l’Ordre du MĂ©rite militaire de Bavière (4) créé par le roi Louis II en 1866.
Vient ensuite l’Ordre du MĂ©rite militaire de Wurtemberg (fig. 7), instituĂ© en 1759 par le duc Charles-Eugène pour les officiers s’Ă©tant illustrĂ©s pendant la guerre de Sept Ans. La croix blanche dorĂ©e entoure un mĂ©daillon bleu portant la devise dorĂ©e « Furchtlos und treu » (Sans peur et fidèle) sur un ruban bleu foncĂ©.
Dans le Grand-DuchĂ© de Bade, l’Ordre du MĂ©rite militaire de Karl-Friedrich (fig. 6) comporte trois classes (Bravoure, Attachement et FidĂ©litĂ©). Une couronne de laurier vert entoure la croix blanche dorĂ©e.
L’Ordre de Philippe le Magnanime de Hesse (fig. 8), institué en 1840 par le Grand-Duc Louis II, présente deux épées croisées pour ses décorations de guerre.
La plupart de ces ordres militaires exclusifs (Bavière, Bade) sont liĂ©s Ă une pension (Ehrensolde). Cependant, les places dotĂ©es de cette pension sont limitĂ©es et attribuĂ©es selon l’âge ou l’invaliditĂ©. La plus belle rĂ©compense reste l’honneur d’avoir combattu courageusement pour la patrie.