Berlin s’enflamme, la Royal Navy veille

Pendant que les chancelleries européennes s’agitent dans un ballet diplomatique stérile pour démêler l’écheveau des alliances (The Untangled Skein), la tension devient palpable dans les rues des grandes capitales. À Berlin, les préparatifs ne sont pas seulement militaires, ils sont aussi psychologiques.
Dans le ciel de la capitale allemande, un spectacle saisissant vient régulièrement électriser la foule. Un monstre de toile et d’acier, un dirigeable Zeppelin, survole majestueusement la coupole de la cathédrale de Berlin (le Berliner Dom). Comme le soulignaient les observateurs britanniques de la revue The Great War dès le début du conflit :
« Bien qu’il soit clair que les Allemands n’ont pas une très grande confiance dans leur propre Marine, ils sont indiciblement fiers de leur flotte de dirigeables, qui croisent souvent au-dessus de leurs villes afin de susciter l’enthousiasme de la population. »
Cette arme psychologique, véritable outil de propagande à la gloire du Kaiser Guillaume II, prépare les esprits à une guerre moderne et totale. Si, en cet été 1914, le public allemand contemple ces géants des airs avec fierté, de l’autre côté de la mer du Nord, la Royal Navy observe cette menace naissante avec le plus grand sérieux.
Face à ces monstres capables de franchir les frontières par les airs, la certitude de la Grande-Bretagne d’être une île inviolable s’effondre. Le rempart ne sera plus seulement maritime, il devra devenir aérien. Sur leurs navires de patrouille, des officiers britanniques comme le commodore Reginald Tyrwhitt ou le contre-amiral Henry L. Tottenham scrutent déjà l’horizon, prêts à faire face à ce duel d’un genre nouveau : les canons de la plus puissante flotte du monde contre les envahisseurs du ciel.