Char anglais touché à la chenille

Les chars de la Grande Guerre

Lorsque la Première Guerre mondiale s’enlise à la fin de l’année 1914, les états-majors font face à un défi tactique […]

Lorsque la Première Guerre mondiale s’enlise à la fin de l’année 1914, les états-majors font face à un défi tactique inédit : comment traverser le « nomand s’land», briser les réseaux de barbelés et détruire les nids de mitrailleuses ennemis sans sacrifier des milliers de vies ? La réponse britannique portera un nom de code resté gravé dans l’Histoire : le Tank.

Les images ci-dessous étaient toutes à l’origine en noir et blanc. Elles ont été colorisées par intelligence artificielle. Source : Der Welkrieg im Bild

Char ou Tank en anglais, Sturmpanzerwagen en allemand

Char anglais

Des débris gisent dans une forêt de Bourlon (Pas-de-Calais) : les restes d’un char entièrement détruit par un impact de tourelle. Malgré sa supériorité considérable, il fut neutralisé par des tirs d’artillerie bien ciblés, des lance-flammes et des salves concentrées de grenades à main.

La naissance d’une arme secrète

Contrairement à une idée reçue, les chars d’assaut n’existaient pas au début du conflit en 1914. Développés dans le plus grand secret sous l’impulsion du Comité des navires de terre (Landship Committee) initié par Winston Churchill, les premiers blindés chenillés n’apparaissent sur le champ de bataille qu’en septembre 1916 lors de la bataille de la Somme.

Pour masquer leur véritable nature durant leur transport par train, les autorités britanniques prétendent qu’il s’agit de « réservoirs d’eau mobiles » à destination de l’armée russe. Le mot anglais pour réservoir étant tank, le terme est resté.

Char d’assaut en forme de losange. Ce char est un produit de la guerre des tranchées. Son but était de transporter une force de combat équivalente jusqu’aux tranchées ennemies et de les traverser aussi rapidement et sûrement que possible. Utilisé pour la première fois comme arme de guerre lors de la bataille de la Somme (49 chars) le 15 septembre 1916, entre Pozières et la forêt de Lens, il apparut en plus grand nombre lord des offensives de 1917 à Arras et notamment à Cambrai.

Char anglais

Des silhouettes en losange uniques

Conçus pour franchir des tranchées de plus de deux mètres de large et escalader des parapets, ces premiers engins (du Mark I au Mark V) adoptent une forme rhomboïdale (en losange) unique. Les chenilles font tout le tour de la caisse métallique, ce qui leur donne ce profil si reconnaissable.

Char anglais

Un char anglais s’est écrasé dans le canal près de Masnières (au sud-ouest de Cambrai). Il pèse environ 23 tonnes. Le terme « char » était un habile subterfuge; il visait à faire croire qu’il s’agissait de grands réservoirs de carburant mobiles. C’est pourquoi le moral des troupes fut considérablement remonté par ces « véhicules d’assaut » surgis soudainement d’un épais brouillard et avançant vers le front allemand – des véhicules jusque là inconnus de leurs soldats. Ils représentaient une nouveauté absolue, une force apparemment invulnérable.

Mâles et Femelles : La tactique du binôme

Dans les manuels militaires de l’époque, une distinction stricte est faite selon l’armement embarqué pour que les blindés se protègent mutuellement :

  • Les chars « Mâles » (Male) : Équipés de deux canons lourds installés dans des casemates latérales (les sponsons), ils ont pour mission de détruire les blockhaus et les fortifications allemandes.
  • Les chars « Femelles » (Female) : Uniquement armés de cinq à six mitrailleuses, ils ouvrent la voie à l’infanterie et protègent les chars mâles contre les contre-attaques de soldats ennemis.

Les chenilles non protégées, larges de 50 cm, qui propulsent ce mastodonte, sont parfaitement visibles. Les Britanniques distinguaient deux types de chars : les mâles, équipés de deux canons et de deux mitrailleuses, et les femelles, armés de cinq mitrailleuses seulement. Le bandage a une épaisseur de 8 à 14 mm et sa vitesse est de 6 km/h.

Char anglais

Une révolution stratégique : L’impact sur le front

Bien que les premiers modèles souffrent de pannes mécaniques constantes et d’une lenteur extrême (à peine 6 km/h), leur utilisation culmine le 20 novembre 1917 à la bataille de Cambrai. En déployant plus de 400 chars Mark IV d’un coup, les Britanniques prouvent l’efficacité de la guerre mécanique moderne en enfonçant les lignes allemandes en quelques heures.

Ces « forteresses roulantes », bien que redoutées par l’adversaire (qui les baptisera parfois Schützengrabenvernichtungspanzerkraftwagen ou plus simplement Tanks dans ses rapports), marqueront le début d’une nouvelle ère militaire qui transformera à jamais le visage de la guerre moderne.

Char anglais

Lors de la bataille de Cambrai (20 novembre 1917) les Britanniques espéraient percer le front allemand grâce à quelques 330 chars. Plus d’un tiers des escadrons de chars ennemis furent détruits.

Entre le 20 et et le 29 novembre 1917, la 5ème Armée britannique lança une offensive contre la « Ligne Siegfried » allemande (bataille de chars de Cambrai). La bande de terrain de 7 kilomètres de profondeur conquise par les Britanniques à cette occasion fut reprise lors d’une contre-attaque allemande, s’achevant le 15 décembre 1917. La photographie montre un char britannique immobilisé par des tirs d’artillerie sur la grande route reliant Cambrai à Bapaume.

Char anglais

Char anglais

Char anglais en progression près de Cambrai. Les chenilles permettaient de franchir des obstacles et des entonnoirs d’obus importants, tout en offrant une meilleure capacité de franchissement. Côté allemand, l’efficacité du char fut longtemps sous-estimée. Leurs troupes ne disposaient que d’une vingtaine de chars au front au début de 1918 et de 45 à la fin de la guerre, alors qu’elles avaient 5000 en face d’elles au moment de l’armistice.

Le poids propre du char, combiné à la vitesse élevée qu’il est capable d’atteindre, confère une violence extrême à tout choc contre un obstacle. Même un arbuste robuste ne freine guère sa progression, tandis que les arbres plus fragiles sont tout simplement écrasés.

Char anglais immobilisé

Char anglais remorqué

La pénurie de matériel et l’impossibilité d’opposer rapidement une force équivalente aux chars ennemis contraignirent le haut commandement allemand à remettre en état, dans la mesure du possible, les chars capturés, à les marquer d’insignes allemands et à les retourner contre l’adversaire. La photographie montre un char remorqué à Fontaine-Notre-Dame (Nord), localité maintes fois citée.

Un « invalide ». La précision de l’artillerie allemande a permis d’endommager ce char anglais à son point le plus vulnérable, la chenille, de sorte qu’il n’a plus pu achever la traversée prévue de la route Cambrai-Péronne et est tombé entre les mains des ennemis.

Char anglais touché à la chenille

Char anglais

Un char anglais de type « mâle » immobilisé dans sa position. On distingue encore le tube de l’un des deux canons à tir rapide qui, montés sur des affûts pivotants, faisaient feu depuis les embrasures latérales. Ce qui était autrefois une terre fertile a été labourée par l’artillerie au point d’en devenir méconnaissable.

Voir également : Les obus de l’armée britannique

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