Le général Pau n’est pas un chef comme les autres. Il ne cherche pas les honneurs, il est humble, mais reste rigoureux dans ses devoirs et aime ses hommes qui l’aiment aussi. Après la guerre, il continuera à oeuvrer pour le bien des autres : la Croix Rouge l’attendait afin qu’il préside ses destinées.
Le sacrifice de 1870 : Engagé très jeune, le sous-lieutenant Paul Pau est grièvement blessé à la main droite lors de la bataille de Frœschwiller (guerre franco-prussienne). Amputé du bras droit, il refusera l’anesthésie pour que les produits soient réservés aux soldats plus durement touchés, devenant un symbole de stoïcisme.
Le général « bienveillant » : Il effectue une brillante carrière (général de brigade en 1897, division en 1903). Pressenti pour devenir généralissime (commandant en chef), il refuse par intégrité morale, ne voulant pas que le pouvoir politique lui impose ses subordonnés. Il est l’un des officiers les plus appréciés des « Poilus » pour son humanité.
La Grande Guerre et l’Armée d’Alsace : Retraité fin 1913, il est rappelé à l’activité par Joffre en août 1914 pour commander l’Armée d’Alsace. C’est lui qui mène la contre-offensive permettant la reprise temporaire de Mulhouse et de Thann.
Rôle diplomatique et humanitaire : Écarté des champs de bataille en raison de son âge, il mène de grandes missions diplomatiques cruciales en Russie, en Belgique et dans les Balkans. Après l’armistice, il présidera la Croix-Rouge française pendant 14 ans.

Le général Pau et l’Armée d’Alsace (août 1914)
En août 1914, alors que le premier conflit mondial vient d’éclater, l’Alsace devient le théâtre d’une immense charge émotionnelle pour la France. Perdue en 1871, la province captive l’imaginaire mémoriel national. Pour mener cette offensive hautement symbolique, le généralissime Joffre fait appel à une figure respectée : le général Paul Pau. Sorti de sa retraite à 66 ans, cet unijambiste de la guerre de 1870, mutilé lors des combats de Frœschwiller, incarne à lui seul la continuité de la lutte et l’esprit de revanche.
Le 10 août 1914, le général Pau prend officiellement le commandement de la toute nouvelle « Armée d’Alsace ». Sa mission est claire mais complexe : réparer l’échec d’une première tentative française sur Mulhouse menée quelques jours plus tôt, stabiliser la région et couper les lignes de communication allemandes.
Dès le 14 août, les troupes du général Pau s’élancent depuis la frontière haut-rhinoise. L’offensive progresse le long de deux axes majeurs. Les forces françaises pénètrent par la vallée de la Thur et s’emparent de Thann le 14 août au soir. Dans les jours qui suivent, de violents combats d’artillerie et d’infanterie éclatent autour de Cernay et de Dornach. Face à la poussée méthodique de l’Armée d’Alsace, les troupes allemandes du général von Heeringen doivent battre en retraite vers l’Est.
Le 19 août, le succès semble total. Après d’âpres combats dans les faubourgs, les soldats français entrent à nouveau dans Mulhouse. La population, partagée entre la ferveur patriotique et l’angoisse des représailles, accueille les troupes au son de la Marseillaise. Pour le général Pau, cette entrée dans la ville industrielle du Haut-Rhin résonne comme un triomphe personnel et militaire. Durant cette brève période, le quartier général français s’établit à Thann, qui devient symboliquement la capitale de l’Alsace libérée.
Cependant, la joie est de courte durée. Tandis que le général Pau consolide ses positions dans la plaine d’Alsace, la situation globale sur le front Ouest vire au drame. Plus au nord, lors de la terrible bataille des Frontières, les armées françaises subissent de lourdes pertes et reculent en Lorraine et en Belgique. La menace d’un encerclement majeur plane sur le pays. Le 24 août, Joffre prend une décision douloureuse mais stratégique : il ordonne le repli général.
L’Armée d’Alsace doit abandonner Mulhouse et se retirer vers des positions défensives plus sûres, à proximité de la frontière d’avant-guerre. Le rêve d’une libération rapide s’évanouit, ouvrant la voie à quatre longues années d’une guerre de position meurtrière. Le général Pau, dont l’armée est dissoute quelques jours plus tard pour renforcer d’autres secteurs critiques, quitte le front alsacien, mais laisse derrière lui le souvenir d’un chef humain et d’une offensive qui aura fait battre le cœur de l’Alsace mémorielle.

