Sarrail, le sauveur de Verdun en 1914
Le général Maurice Sarrail occupe une place à part dans le panthéon des chefs militaires de la Grande Guerre. Homme de fortes convictions républicaines dans une armée encore largement conservatrice, sa carrière a été jalonnée de coups d’éclat stratégiques et de violentes querelles politiques et militaires.

1914 : Le sauveur de Verdun à la bataille de la Marne
Au déclenchement du conflit en août 1914, Maurice Sarrail se voit confier le commandement du 6e corps d’armée, puis rapidement celui de la IIIe armée française. C’est lors de la mythique bataille de la Marne (septembre 1914) qu’il forge sa réputation militaire.
Alors que le généralissime Joseph Joffre lui donne l’ordre de battre en retraite et d’abandonner la place forte de Verdun pour éviter l’encerclement, Sarrail désobéit courageusement. Il maintient ses lignes fermement adossées à Verdun. Cette résistance obstinée protège le pivot droit du dispositif français et permet le succès global de la contre-offensive de la Marne. Dès lors, il devient pour l’opinion publique et la gauche parlementaire le « sauveur de Verdun ».
1915-1917 : Le roi de Salonique et l’Armée d’Orient
Les relations entre Sarrail et Joffre étant exécrables, Joffre profite de lourdes pertes subies par les troupes de Sarrail en Argonne à l’été 1915 pour le limoger de son commandement. Cependant, le soutien politique de Sarrail à la Chambre des députés est tel que le gouvernement oblige Joffre à lui confier un nouveau poste prestigieux : le commandement du corps expéditionnaire français en Orient.
En octobre 1915, Sarrail débarque à Salonique, en Grèce. C’est le début de l’aventure du front de Macédoine. Promu commandant en chef des armées alliées en Orient en 1916, il doit composer avec un enchevêtrement diplomatique et militaire complexe (troupes françaises, britanniques, italiennes, serbes et russes).
Ses succès : Il fortifie magistralement le camp retranché de Salonique et remporte la victoire de Monastir contre les Bulgares en novembre 1916. Il joue également un rôle politique majeur en poussant à l’abdication le roi Constantin Ier de Grèce, jugé trop germanophile.
Sa disgrâce : Malgré ses réussites, le manque de moyens accordés à son armée (que Clemenceau appelait ironiquement « les jardiniers de Salonique ») et les intrigues politiques finissent par le rattraper. En décembre 1917, Georges Clemenceau, devenu président du Conseil, le relève définitivement de ses fonctions.
L’après-guerre et la postérité
Écarté du front de l’Ouest pour la fin de la guerre, Sarrail publie ses mémoires en 1920 (Mon commandement en Orient) pour défendre son bilan face aux attaques du haut-commandement. En 1924, le cartel des gauches le rappelle au service et le nomme Haut-commissaire de la République en Syrie. Sa gestion brutale de la révolte druze en 1925 suscite une vive controverse et précipite son rappel définitif à Paris.
Maurice Sarrail s’éteint le 23 mars 1929 à Paris, quelques jours seulement après le maréchal Foch. Preuve de son importance républicaine retrouvée, l’État lui accorde des obsèques nationales et ses cendres reposent aujourd’hui à l’Hôtel des Invalides.
Citations du général Sarrail :
En Orient, j’ai dû me battre contre les Bulgares, contre les Turcs, contre les Allemands, mais mon combat le plus difficile fut celui mené contre les bureaux de Chantilly.
Sur ses détracteurs après son limogeage (tiré de ses Mémoires publiés en 1920)
Commander, ce n’est pas obéir aveuglément à un ordre de retraite quand la situation sur le terrain exige de faire front.
Sur sa vision offensive et son refus de capituler à Verdun (septembre 1914)
On me demande de faire une guerre de mouvement avec une armée à qui l’on refuse des routes, des munitions et des renforts, tout en surveillant les intrigues de la cour d’Athènes
Sur la complexité du front de Salonique et le manque de soutien (1916)
Citations de deux visions totalement décalées sur le général Sarrail :
L’armée de Salonique ? Ce ne sont pas des soldats, ce sont les jardiniers de Salonique. Ils passent leur temps à creuser la terre pour rien.
(Clemenceau reprochait à Sarrail l’enlisement du front en Macédoine avant de le limoger en décembre 1917)
Georges Clémenceau, Président du Conseil
Cet homme, c’est un général. Et ce général, c’est Sarrail.
Paul Painlevé, Homme politique de gauche et ministre de la Guerre, défendant son général
Il a sauvé le pivot de notre armée à la Marne lorsque d’autres voulaient abandonner Verdun.