Le vainqueur oublié de 1918
Si les noms de Foch, Joffre ou Pétain résonnent immédiatement à l’évocation de la Grande Guerre, celui du général Louis Franchet d’Espèrey mérite une place tout aussi glorieuse. Stratège au tempérament de feu, doté d’une énergie qui impressionna jusqu’à ses alliés britanniques — qui le surnommèrent amicalement « Desperate Frankie » —, il est l’homme qui porta le coup de grâce aux Empires centraux à l’automne 1918.


Le sauveur de la Marne (1914)
Né en 1856 à Mostaganem (Algérie), Louis Franchet d’Espèrey entame une brillante carrière d’officier qui le mène d’Afrique en Extrême-Orient. En août 1914, la guerre éclate. À la tête du 1er corps d’armée, il s’illustre par son sang-froid lors de la retraite de Charleroi.
Début septembre, à la veille de la bataille de la Marne, le général Joffre lui confie le commandement de la Ve Armée en remplacement du général Lanrezac. En l’espace de quelques heures, Franchet d’Espèrey réorganise ses troupes, prend l’initiative et parvient à s’engouffrer dans la brèche séparant les armées allemandes de Bülow et de Kluck. Cette manœuvre audacieuse sauve Paris du désastre et stabilise le front.
L’épopée de l’Armée d’Orient (1918)
Après avoir commandé sur le front de l’Ouest, c’est dans les Balkans que Franchet d’Espèrey va inscrire sa plus grande page d’histoire. En juin 1918, il prend la tête des armées alliées en Orient, basées à Salonique. Face à un front figé depuis des mois, il conçoit une offensive foudroyante.
En septembre 1918, il lance l’offensive de Dobro Polié. Ses troupes, composées de soldats français, serbes, grecs, britanniques et italiens, bousculent les lignes bulgares. La percée est totale : en quelques semaines, la Bulgarie capitule, suivie rapidement par l’Empire ottoman. L’armée d’Orient remonte vers le Danube, menaçant directement l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne par le sud. Ce coup de génie stratégique précipite l’effondrement général des puissances centrales et accélère la signature de l’armistice du 11 novembre.
L’hommage de la Nation
En reconnaissance de cette victoire monumentale, Louis Franchet d’Espèrey est élevé à la dignité de Maréchal de France en 1921, le même jour que les généraux Lyautey et Fayolle. Élu à l’Académie française en 1934, il s’éteint en 1942.
La photographie d’époque nous montre un homme au regard sévère, portant l’uniforme bleu horizon et un brassard noir, symbole des deuils familiaux et des sacrifices consentis par toute une génération. Aujourd’hui, il repose aux Invalides, rappelant aux visiteurs que la victoire de 1918 s’est aussi jouée loin des tranchées de l’Est de la France, sous le soleil des Balkans.
