
Aujourd’hui, le long et fidèle travail de paix accompli par ceux qui sont appelés à panser les plaies de la guerre porte ses fruits. Le labeur acharné des hommes de la Croix-Rouge et des membres du corps médical volontaire a déjà été récompensé. Et ce que même l’ennemi doit reconnaître dans notre armée – la rigueur, la fiabilité absolue et la ponctualité des déploiements et des interventions – s’applique pleinement à notre corps médical également. Il faut les voir, ces médecins et infirmiers, lorsqu’un train transportant des soldats blessés entre en gare. Tout le long du quai, alignés en formation militaire, se dressent les brancards, avec à leurs côtés un groupe de quatre hommes et leur chef. Le déchargement des chariots s’effectue presque en silence ; les blessés sont déposés sur les brancards avec une délicatesse touchante ; seulement de temps à autre, un ordre lancé à mi-voix retentit, après quoi le groupe travaille comme un mécanisme d’horlogerie parfaitement réglé. L’équipement des colonnes sanitaires est également exemplaire. Les hommes et femmes portent des uniformes entièrement neufs, à la fois élégants et pratiques. Les troupes d’Allemagne du Nord sont équipées de sacs à dos, tandis que les unités médicales du Wurtemberg portent des sacoches. L’équipement comprend également une trousse de premiers secours, un sac à pain, une gourde, et un membre du groupe est muni d’une hache, d’une scie ou d’une lime de secours. Le sac à dos ou le sac de voyage contient de la vaisselle. Outre la tunique Litewka, le pantalon en drap et la capote, chaque homme dispose également d’une tenue en toile de treillis et, en plus de la casquette à visière, d’une casquette de campagne. Enfin, l’équipement comprend une réserve de « rations de fer » pour trois jours.



Il va de soi que ces détachements médicaux sont destinés à servir non seulement à l’intérieur du pays, mais aussi sur le terrain. Ce fut un moment solennel lorsque, le mercredi 19 août, la première unité d’hôpital de campagne de l’Association de la Croix-Rouge du Wurtemberg fut saluée au moment de son départ par la reine de Wurtemberg, dans la cour de la Schwabschule, en présence du directeur, le Dr von Gener, et du conseiller privé Herrmann — les deux plus hauts responsables du service médical bénévole du Wurtemberg. Quarante-et-un hommes et quarante-et-une infirmières avaient été affectés à la zone de l’arrière. Le couple royal a également porté un vif intérêt au train-hôpital — équipé par la Croix-Rouge du Wurtemberg — qui est vraisemblablement en service depuis déjà plusieurs jours. Il est destiné à assurer en continu le transport des blessés entre la frontière et les hôpitaux de l’intérieur. Le convoi se compose de trente wagons. La grande majorité d’entre eux sont aménagés pour accueillir les blessés ; chaque wagon compte seize lits, disposés sur deux niveaux le long des parois latérales. Le wagon du médecin-chef, qui abrite une salle d’opération, se trouve exactement au milieu du train ; de part et d’autre se situent les wagons destinés à l’administration, aux médecins assistants et au personnel infirmier. Le wagons-cuisine est placé en queue du train. Tout ce qui relevait d’une prévoyance avisée face à toute éventualité a été mis en œuvre ; si le principe d’une efficacité maximale prévaut partout, une atmosphère de confort imprègne néanmoins l’ensemble du dispositif. Chaque wagon arbore l’emblème de la Croix-Rouge, non seulement sur les parois latérales, mais aussi en très grand format sur le toit, afin de se prémunir contre les bombardements aériens. Toutefois, l’expérience récente a conduit à doter également les trains-hôpitaux et leurs équipages de moyens de défense moins pacifiques.
Enfin, la représentation d’une cuisine de campagne tenue par des bénévoles de la Croix-Rouge offre une image saisissante du travail sur le terrain. Certes, au front, les choses sont sans doute un peu moins « tirées à quatre épingles ».
Fidèle aux principes qui guident son action depuis cinquante ans, la Croix-Rouge porte secours aux amis comme aux ennemis, sans distinction. L’occasion de le faire s’est présentée très rapidement : quelques jours à peine après le déclenchement des hostilités, les premiers blessés et prisonniers allemands et français du front de l’Ouest arrivaient à Stuttgart.

Source : Texte et images : Illustrierte Geschichte des Weltkrieges 1914-1915 – Der Weltkrieg im Bild