Général Erich von Falkenhayn

Pour succéder au chef d’état-major général malade, Hellmut von Moltke, le ministre prussien de la Guerre, le lieutenant-général Erich von […]

Général von Falkenhayn
Portrait du général von Falkenhayn à l’origine en noir et blanc, colorisée par intelligence artificielle. Source : Illustrierte Chronik des Krieges

Pour succéder au chef d’état-major général malade, Hellmut von Moltke, le ministre prussien de la Guerre, le lieutenant-général Erich von Falkenhayn, a été nommé au grade de général, après avoir déjà assuré l’intérim à ce poste pendant plusieurs semaines. Ce général, encore relativement très jeune, assume ainsi le commandement suprême d’armées de millions d’hommes. En effet, Erich von Falkenhayn, né le 11 novembre 1861 dans le majestueux château de Belchau, non loin de Thorn, aborde aujourd’hui la pleine maturité de l’âge mûr avec ses 53 ans. Grâce à un corps endurci par des années de privations dans des contrées lointaines, il devrait être de taille à surmonter les plus grands efforts. Les Falkenhayn appartiennent à la noblesse immémoriale de la Marche et de Meissen (Uradel) et sont également parents avec la branche comtale du même nom établie en Autriche. Le père de l’actuel chef d’état-major général avait étudié le droit, mais ayant peu de goût pour les services administratifs, il suivit, sitôt après son mariage avec Franziska von Rosenberg, son penchant prononcé pour l’agriculture. Il se consacra exclusivement à la gestion des terres acquises dans le district de Thorn, les fit prospérer remarquablement et établit notamment au château de Belchau une exploitation modèle.

Les deux fils reçurent leur formation au corps des cadets. L’aîné, Eugen, commanda plus tard la 11e division et fut mis à disposition en 1910 en tant que général de cavalerie. Le plus jeune, Erich, s’engagea en 1880 chez les « 91ers » à Oldenbourg et, alors qu’il n’était qu’un très jeune lieutenant, effectua son service d’adjudant. Dès 1887, il rejoignit l’Académie de guerre pour trois ans et entra en 1890 comme capitaine au Grand État-Major général. Les qualités éminentes, la haute compétence militaire, les connaissances approfondies et les manières chevaleresques du jeune officier avaient déjà attiré à l’époque la bienveillante attention de ses supérieurs, et on ne l’a manifestement plus perdu de vue depuis. De même, il jouissait depuis toujours auprès de ses subordonnés d’une popularité hors du commun, tant tout ce qui était pédant et figé lui était étranger. En tant que chef de compagnie, il servit dans sa patrie de Prusse-Occidentale, chez les 21ers à Thorn. Malgré tous les succès obtenus l’officier fringant et avide d’action ne parvenait pas à trouver une réelle satisfaction dans la routine des casernes et des bureaux. Son esprit aspirait aux grands espaces, c’est pourquoi il prit temporairement son congé en 1896 pour se rendre en Chine comme officier d’instruction. Là-bas également, il fit brillamment ses preuves dans les conditions les plus insolites lors de la laborieuse réorganisation de l’armée du Henan, et s’attira la gratitude sincère du vieux vice-roi Li Hongzhang. Son séjour en Extrême-Orient dura trois ans, enrichissant ses compétences d’une multitude de connaissances nouvelles et d’expériences pratiques.

Le général von Falkenhayn

De retour dans sa patrie, nous le retrouvons comme commandant de bataillon chez les 91ers à Brunswick. À peine deux ans plus tard suivit sa promotion au grade de lieutenant-colonel et sa nomination comme chef de section au Grand État-Major général. Dès 1906, à tout juste 45 ans, il prit la tête de l’état-major du XVIe corps d’armée à Metz, et en 1912 celle du IVe corps d’armée à Magdebourg, après avoir entre-temps commandé le 4e régiment de la Garde à pied en tant que colonel pendant un an. En 1912 encore, Falkenhayn fut promu major-général, et un an plus tard, cette carrière d’une brillance exceptionnelle connut son couronnement lorsque le seigneur suprême de la guerre (le Kaiser), suite à la démission de von Heeringen, fit appel à ce jeune général, lui donnant la plus haute preuve de sa confiance en le nommant à la direction du ministère de la Guerre.

L’activité de Falkenhayn, durant sa première année comme ministre de la Guerre, s’est déroulée dans une période parlementaire très agitée qui exigea le maximum, non seulement de sa force de travail et de ses compétences techniques, mais aussi de sa fidélité à ses convictions et de son tact diplomatique. Il fallut tout d’abord faire adopter et finaliser la nouvelle loi sur l’espionnage, dont l’amère nécessité est aujourd’hui reconnue par l’antimilitariste le plus acharné, mais qui constituait alors une épine dans le pied de nombreux politiciens de gauche en raison de sa sévérité apparente. Vinrent ensuite les regrettables incidents de Saverne, qui marquèrent les heures les plus sombres de la vie d’Erich von Falkenhayn. Une pluie d’attaques et de reproches des plus virulents s’abattit alors sur le ministre prussien de la Guerre, que l’on pouvait pourtant difficilement tenir pour personnellement responsable des dérapages survenus là-bas. Malgré cela, c’est avec une détermination virile et une noble fierté qu’il prit la défense de ses camarades attaqués sur le front, tout en s’efforçant visiblement, même dans des moments d’excitation compréhensible, de conserver le calme factuel et le ton d’un homme distingué.

Habile et doté d’un grand sens de la répartie lors de telles occasions, il a su progressivement imposer le respect. Bien qu’il soit intervenu avec décision et insistance à chaque occasion pour défendre les intérêts de l’administration de l’armée, sa franchise, sa modestie, la concision et la force d’impact de ses déclarations, son ouverture aux améliorations et à toutes sortes de petits souhaits, ainsi que sa logique irréfutable et sa compréhension des missions de la presse lui ont valu bien des amis personnels, y compris sur les bancs de gauche de la Chambre, qui devaient pourtant être ses adversaires politiques par principe. En tout cas, le jeune ministre de la Guerre a vu sa position, initialement extrêmement difficile vis-à-vis du Reichstag s’améliorer et se consolider considérablement lorsque la guerre a éclaté. On constata qu’il était possible de discuter et de travailler efficacement avec cet homme, et on s’en réjouit. Si, en raison des tempêtes parlementaires, il a dû s’exposer publiquement plus qu’il ne l’aurait souhaité, il n’a en aucun cas négligé pour autant le travail silencieux par lequel le glaive allemand doit être affûté et maintenu tranchant. Le déroulement exceptionnellement fluide de la mobilisation de nos armées de millions d’hommes en est la meilleure preuve. La reconnaissance qu’a trouvée l’activité infatigable du ministre de la Guerre auprès des instances décisionnelles se manifeste à présent dans sa nomination comme chef d’état-major général. En ces temps graves, seuls les meilleurs et les plus éprouvés doivent être appelés aux postes de direction. Puisse le choix qui a été fait s’avérer des plus heureux !

Général von Falkenhhayn
Le général von Falkenhayn entouré de ses officiers. Photographie à l’origine en noir et blanc colorisée par intelligence artificielle. Source : Bundesarchiv
Le général von Falkenfayn
Portrait du général von Falkenhayn Photographie à l’origine en noir et blanc colorisée par intelligence artificielle – Source : Bundesarchiv

Voir également : Le général Moltke

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