
Lorsque la crise de juillet 1914 éclate, un homme se trouve à la charnière du pouvoir politique et militaire de l’Empire allemand : le chancelier impérial Theobald von Bethmann-Hollweg. Souvent éclipsé dans les mémoires par les figures des généraux Hindenburg ou Ludendorff, ce civil de carrière a pourtant porté la responsabilité politique des premières années du conflit mondial. Ce superbe portrait d’époque, signé de sa main, nous plonge dans l’esthétique du pouvoir wilhelmien au début de la Grande Guerre.
Un civil sous le costume de cuirassier

Réalisée au début du conflit par le célèbre photographe portraitiste Nicola Perscheid, cette carte postale officielle de propagande illustre une coutume prussienne immuable : un haut dirigeant de l’État se doit de paraître en tenue militaire en temps de guerre. Bien que diplomate et juriste de formation, Bethmann-Hollweg pose ici dans le drapé rigide de l’uniforme de Major-général du régiment des Cuirassiers de la Garde. Le regard grave et fatigué, encadré par sa barbe grise caractéristique, le chancelier affiche ses distinctions récentes : la prestigieuse Croix de Fer et l’ordre de la Couronne de Prusse. Cette mise en scène vise à légitimer l’autorité civile face à un état-major de l’armée (l’Oberste Heeresleitung) de plus en plus omnipotent et populaire auprès de l’opinion publique allemande.
L’homme du « chiffon de papier »
C’est Bethmann-Hollweg qui, le 4 août 1914 devant le Reichstag, prononce le célèbre discours justifiant l’invasion de la Belgique neutre par la formule historique du Burgfrieden (l’union sacrée allemande). Le même soir, lors d’un entretien dramatique avec l’ambassadeur britannique, il qualifie le traité international garantissant la neutralité belge de simple « chiffon de papier » (ein Fetzen Papier). Une phrase malheureuse qui sera immédiatement exploitée par la propagande alliée pour dénoncer le cynisme allemand.Le diplomate broyé par les militaires
Au fil des mois, le chancelier tente de maintenir une ligne modérée. Conscient du danger de voir les États-Unis entrer dans le conflit, il s’oppose farouchement au projet des militaires de lancer la guerre sous-marine à outrance. Mais en 1917, acculé par le duo Hindenburg-Ludendorff et désavoué par le Reichstag, il est contraint à la démission.