La « Grosse Bertha »

Le nom de la « Grosse Bertha » (en allemand : Dicke Bertha) est sans doute le plus célèbre de l’histoire de l’artillerie […]

Le nom de la « Grosse Bertha » (en allemand : Dicke Bertha) est sans doute le plus célèbre de l’histoire de l’artillerie moderne. Pourtant, cette arme mythique de la Première Guerre mondiale reste profondément méconnue, souvent confondue avec d’autres canons géants. Conçue dans le secret absolu par les usines Krupp, elle a radicalement transformé la guerre de siège dès le début du conflit en août 1914.

La "Grosse Bertha" -Obusier lourd de siège allemand de 42 cm Krupp avec roues à patins durant la Première Guerre Mondiale.
La « Grosse Bertha » en position de tir. (Photographie à l’origine en noir et blanc, colorisée par inteligence artificielle. Source : Des Weltkrieges im Bild.)

Fiche technique d’un géant trapu

Contrairement aux idées reçues, la Grosse Bertha n’est pas un canon long, mais un obusier lourd de siège (un mortier). Son profil est massif, lourd et court :

  • Calibre : 42 cm (420 mm) – un diamètre de tube gigantesque.
  • Longueur du tube : Seulement 5 mètres (soit 12 fois le calibre, une silhouette très trapue).
  • Poids en position de tir : 42,6 tonnes (le modèle sur roues M-Gerät).
  • Poids de l’obus : Jusqu’à 810 kg pour les projectiles perforants.
  • Portée maximale : Entre 9 et 12 kilomètres.

💥 La mission de la Bertha : Percer le béton armé

Avant 1914, la France et la Belgique avaient protégé leurs frontières avec des ceintures de forts modernes construits en béton armé et équipés de tourelles cuirassées. Les canons de campagne traditionnels étaient totalement impuissants face à de telles structures.

C’est pour briser ce verrou que l’état-major allemand commande à Krupp ce monstre de 42 cm. Grâce à sa trajectoire de tir très haute (tir vertical ou plongeant jusqu’à 65°), l’obus de la Grosse Bertha retombait presque à la verticale sur le toit des forts. Doté d’une fusée à retardement, le projectile perforait les dalles de béton avant d’exploser à l’intérieur, provoquant l’effondrement des galeries souterraines et des poudrières.


🚛 Le secret logistique : Une mobilité surprenante

Le modèle le plus célèbre de la Grosse Bertha (le type M-Gerät) se distingue par ses immenses roues métalliques équipées de patins articulés (les ceintures de roues). Ces patins massifs empêchaient le canon de s’enfoncer et de se retourner dans la boue lors du tir.

Malgré ses 42 tonnes, la Bertha était étonnamment mobile :

  1. Elle se démontait entièrement en 5 sections distinctes.
  2. Chaque section était installée sur une remorque routière dédiée.
  3. Ces remorques étaient tractées par de puissants tracteurs à essence à travers le réseau routier.
  4. Une fois arrivée à destination, une équipe entraînée de 200 artilleurs pouvait assembler la pièce en seulement 6 heures.

🛡️ D’Anvers à Verdun : Son parcours au combat

La Grosse Bertha entre de manière terrifiante dans l’histoire en août 1914. Les forts de Liège et de Namur en Belgique, jugés imprenables par les experts militaires, sont pulvérisés en quelques jours. Au fort de Loncin, un seul obus de 42 cm frappe directement la poudrière, soufflant l’ouvrage et capturant les survivants hébétés.

Le canon sera ensuite utilisé avec le même succès destructeur lors des sièges de Maubeuge et d’Anvers. En 1916, plusieurs exemplaires sont déployés lors de la bataille de Verdun pour pilonner les forts de Douaumont et de Vaux. Face à l’amélioration du béton français, ses effets y seront cependant moins décisifs qu’en 1914. Seuls 12 exemplaires de ce modèle sur roues ont été construits au total.


⚠️ Le piège historique : La confusion avec le « Canon de Paris »

C’est l’erreur la plus fréquente de l’histoire militaire. En 1918, lorsque les troupes allemandes commencent à bombarder Paris depuis une distance incroyable de 120 km, la population parisienne, paniquée, attribue immédiatement ces tirs à la « Grosse Bertha ».

Pourtant, l’arme utilisée en 1918 était le Pariser Kanon (le Canon de Paris), une arme totalement différente : un tube ultra-long et fin de 36 mètres de long et de 21 cm de calibre. La véritable Grosse Bertha n’avait qu’un petit tube de 5 mètres et n’a jamais eu la portée nécessaire pour bombarder Paris depuis les lignes allemandes.


Voir également : Le canon allemand 38 cm SK/45 sur rail

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