Dans le secteur stratégique de l’Aisne, au printemps 1917, l’objectif des correspondants de guerre allemands se tourne vers les routes de l’arrière-front. La photographie de la page 37 de l’album Der Weltkrieg im Bildimmortalise une longue colonne de réservistes allemands progressant à pied entre Saint-Quentin et Laon. Derrière la monotonie apparente de cette marche, se cache l’un des plus grands mouvements stratégiques de la Première Guerre mondiale.

L’ombre de l’opération « Alberich »
Pour comprendre la présence de ces réservistes sur cet axe routier, il faut remonter au mois de mars 1917. L’état-major allemand, dirigé par Hindenburg et Ludendorff, vient d’ordonner un repli stratégique secret de grande ampleur : l’opération Alberich. L’armée allemande recule volontairement ses lignes sur une position fortifiée ultra-moderne, la ligne Siegfried (ou ligne Hindenburg). Saint-Quentin et Laon deviennent alors les piliers de cette nouvelle zone de défense. Les réservistes photographiés ici sont acheminés en urgence pour occuper ces positions bétonnées et faire face à l’imminente offensive française du Chemin des Dames.
La réalité de la guerre à pied
Ce cliché rappelle une vérité souvent oubliée : malgré l’apparition des camions et des voies ferrées, la Première Guerre mondiale reste une guerre de marcheurs. Ces hommes, lourdement chargés de leurs paquetages, de leurs fusils Mauser et de leurs munitions, parcourent des dizaines de kilomètres sur des routes défoncées par les intempéries et les bombardements. L’image montre la discipline de fer de ces unités de réserve, indispensables pour combler les pertes terrifiantes subies l’année précédente à Verdun et sur la Somme.