
L’entrée de l’armée allemande qui a fait son entrée à Bruxelles a perdu toute dimension humaine. Elle l’a perdue dès l’instant où les trois soldats qui la menaient ont enfourché leurs bicyclettes pour s’engager sur le boulevard du Régent et demander leur chemin vers la Gare du Nord. Leur passage a emporté avec lui toute humanité. Ce qui a suivi, et qui continue de déferler vingt-quatre heures plus tard, n’est plus la marche d’hommes, mais une force de la nature, telle une vague déferlante, une avalanche, un fleuve en crue. À cet instant précis, elle déferle sur Bruxelles comme les eaux gonflées d’une rivière grandissante dans une vallée.

Un long défilé de militaires, de canons
Le général de division von Jarotsky, gouverneur militaire allemand de Bruxelles, a assuré au bourgmestre Max que l’armée allemande n’occuperait pas la ville, mais la traverserait. Elle la traverse toujours. C’est une armée bien équipée. L’armée allemande est entrée dans la ville avec la fluidité et la compacité d’un train express. Pas d’arrêts, pas d’espace libre, pas de traînards. L’infanterie défilait par files de cinq, deux cents hommes par compagnie ; les lanciers, en colonnes de quatre, sans un fanion manquant. Les canons et pièces d’artillerie à tir rapide passaient à un rythme d’une heure, chaque canon, avec son caisson et son wagon à munitions, mettant vingt secondes à passer.

Pendant sept heures, l’armée défila en colonnes si denses qu’aucun taxi ni tramway ne put traverser la ville.