L’affaire de Saverne (ou Zabern Affäre)

Les Alsaciens pris pour des voyous… L’épilogue : Le sabre plus fort que la loi Quelques jours plus tard, alors […]

Les Alsaciens pris pour des voyous…

Général von Falkenhayn
Portrait du général von Falkenhayn à l’origine en noir et blanc, colorisée par intelligence artificielle. Source : Illustrierte Chronik des Krieges
Lieutenant Aloïs Soltner

Patrouille allemande dans une rue de Saverne – En médaillon : photo du général von Falkenhayn, ministre de la guerre


L’étincelle : L’insulte du sous-lieutenant von Forstner

Tout commence à l’automne 1913 à Saverne, une petite ville de garnison où est stationné le 99e régiment d’infanterie prussien. Un jeune noble et sous-lieutenant prussien de 20 ans, Alois von Forstner (image à gauche), s’adresse à ses recrues lors d’une instruction. Pour les inciter à la fermeté face à la population alsacienne, il leur dit :

« Si vous êtes attaqués, faites usage de vos armes ; si vous poignardez un Wackes [terme injurieux et très péjoratif pour désigner un Alsacien], vous obtiendrez dix marks de ma poche ! »

L’escalade : La population se révolte, l’armée surréagit

Loin de calmer le jeu, la hiérarchie militaire soutient le jeune officier. Des manifestations quotidiennes éclatent devant la caserne et le domicile des officiers. Des habitants, des étudiants et même des enfants huent von Forstner lorsqu’il sort dans la rue, escorté par des soldats. Le commandant de la garnison, le colonel von Reuter, perd totalement son sang-froid. Le 28 novembre 1913, il déclare illégalement l’état de siège à Saverne. Il fait descendre la troupe en arme dans les rues, installe des mitrailleuses et fait arrêter arbitrairement une trentaine de citoyens (dont le président du tribunal de grande instance de la ville, qui sortait simplement de son tribunal). La population est terrorisée et révoltée par cette démonstration de force totalement disproportionnée.

Les propos s’ébruitent rapidement dans la presse locale début novembre. La population de Saverne est profondément indignée.

Le scandale politique et le rôle de Falkenhayn (photo ci-dessus)

L’affaire prend immédiatement une dimension internationale. Elle met en lumière le statut de l’Alsace-Lorraine (le Reichsland), traitée non pas comme une province allemande à part entière, mais comme une terre occupée sous l’arbitraire militaire prussien. En tant que tout jeune ministre de la Guerre, Erich von Falkenhayn doit monter à la tribune du Reichstag (le Parlement) à Berlin début décembre 1913 pour défendre l’armée.

  • Les députés (notamment de gauche et du centre) sont furieux et votent une motion de censure historique contre le chancelier.
  • Falkenhayn, avec la « détermination virile », défend mordicus l’honneur de ses officiers. Il minimise les faits, qualifie les insultes de von Forstner de simples « maladresses de langage » et justifie la violence des militaires pour « maintenir l’ordre et l’autorité de l’État « .

L’épilogue : Le sabre plus fort que la loi

Quelques jours plus tard, alors que le régiment est temporairement déplacé hors de Saverne pour calmer les esprits, le lieutenant von Forstner croise un cordonnier alsacien boiteux qui se moque de lui dans un village voisin. Forstner sort son sabre et blesse gravement le civil handicapé à la tête. Malgré le tollé général, le conseil de guerre militaire acquittera le colonel von Reuter et annulera la peine légère infligée à Forstner, estimant qu’ils avaient agi en état de « légitime défense de l’honneur militaire ». Le Kaiser Guillaume II soutiendra pleinement l’armée.

Colonel von reuter
Colonel von Reuter – Photographie améliorée par intelligence artificielle. Source : Wikipedia
Dessin de Hansi
Dessin de Hansi se moquant des « Boches » – Source : Album des dessins de Hansi

Voir également : Le général von Falkenhayn

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