Matous de l’Empereur et monnaie de nécessité : les coulisses méconnues de l’été 1914

Août 1914 : la panique de la petite monnaie et l’invention du Notgeld 📜 De l’Alsace à la frontière polonaise, quand […]

Août 1914 : la panique de la petite monnaie et l’invention du Notgeld

📜 De l’Alsace à la frontière polonaise, quand les communes devaient battre monnaie… et salarier leurs chats militaires.

Notgeld Guebwiller 1914
Notgeld Guebwiller 1914 – Image améliorée par intelligence artificielle – Source : Illustrierte Geschichte des Weltkrieges

Dès les premières semaines d’août 1914, la guerre ne se joue pas seulement sur les champs de bataille, elle bouleverse instantanément le quotidien des civils à l’arrière. Face à la panique, les habitants thésaurisent les pièces d’or et d’argent, provoquant une pénurie de monnaie sans précédent. De la Haute-Alsace (Guebwiller) aux confins des provinces prussiennes (Hohensalza), découvrez comment les municipalités ont dû inventer en urgence des billets de nécessité (Notgeld) pour sauver l’économie locale… tout en gérant la logistique impériale, jusqu’au budget officiel des chats de l’armée ! Immersion dans un document d’époque captivant.

Traduction de l’affiche : Appel à la population !
Pour remédier au manque immédiat de petite monnaie, la caisse principale de l’arrondissement de Hohensalza émet à compter d’aujourd’hui de la monnaie de nécessité en coupures de 5 Pfg, 10 Pfg, 50 Pfg, 1 M, 2 M et 3 M. Cet argent est à retirer à la caisse principale ou dans les points de distribution urbains et ruraux. Toutes les personnes, en particulier les commerçants, les entrepreneurs et les vendeurs, sont instamment priées d’accepter cette petite monnaie en paiement afin de maintenir le commerce.
La caisse principale remboursera immédiatement au porteur tout montant à partir de 20 marks. Pour le moment, il est stipulé que les derniers billets doivent être présentés d’ici le 20 de ce mois.
Hohensalza, le 8 août 1914.
Le Landrat (Préfet). Buresch.

La monnaie de nécessité en temps de guerre. 

En tant que document d’un intérêt majeur, nous présentons à nos lecteurs la reproduction réduite d’un appel à la population de l’arrondissement de Hohensalza – qui est la dénomination officielle depuis 1905 d’Inowrazlaw, situé dans la région administrative prussienne de Bromberg – ainsi que la reproduction également réduite d’un bon de monnaie imprimé sur papier blanc par la caisse principale de l’arrondissement local. Concernant l’émission de cette monnaie de nécessité, une autorité compétente de Hohensalza nous écrit :
« Avant même que la mobilisation générale n’ait lieu, un manque cruel de monnaie métallique s’est fait sentir à la ville comme à la campagne. Cet inconvénient s’est aggravé au cours des premiers jours du mois d’août à tel point qu’il était tout simplement impossible d’acheter quoi que ce soit dans les magasins, car l’acheteur ne payait qu’avec des billets de banque, tandis que le commerçant, malgré toute sa bonne volonté, n’était pas en mesure de lui rendre la monnaie. Si, en temps de guerre, la Reichsbank doit retenir la monnaie métallique plus qu’en temps de paix afin de pouvoir répondre aux exigences auxquelles elle fait face, il faut néanmoins tenir compte du fait que d’importantes sommes en monnaie métallique ont tout de même été distribuées par elle, et qu’en outre, au mois d’août, une très grande quantité de monnaie métallique a été nouvellement frappée et également mise en circulation. Où est donc passé tout cet argent ? Certes, un besoin accru de monnaie métallique lourde est apparu pour remplacer les réserves d’or retirées de la circulation, mais la pénurie n’aurait pas été si criante si de nombreuses personnes, par une inquiétude exagérée, n’avaient pas gardé chez elles plusieurs centaines de marks en monnaie d’argent ; un comportement incompréhensible dont les individus n’ont sans doute pas mesuré la portée. Le moyen le plus simple aurait été de procéder d’office à des perquisitions domiciliaires, de saisir les stocks de monnaie métallique conservés dans les foyers et de les échanger contre des billets de banque. Mais comme on ne voulait pas recourir à de telles mesures de force, et que d’un autre côté il fallait agir pour contrer les dangers qui menaçaient la vie économique et professionnelle, l’administration de l’arrondissement de Hohensalza, sur ordre de Monsieur le Landrat (préfet), a décidé sans hésiter d’émettre de la monnaie de nécessité sous forme de bons. Cette décision rapide fut suivie dès le lendemain (24 heures plus tard) par l’émission des billets. En peu de temps, la caisse principale de l’arrondissement a mis en circulation 40 000 marks sous forme de coupures individuelles, à savoir :

5070 coupures de 3 Mark

4400 coupures de 5 Pfennig

5700 coupures de 10 Pfennig

7600 coupures de 50 Pfennig

8000 coupures de 1 Mark

6100 coupures de 2 Mark

Bon pour 5 Pfennig Hohensalza (Pologne)
Notgeld de 5 Pfennig à Hohensalza (Pologne) – Source : Illustrierte Geschichte des Weltkrieges

Traduction : Bon pour 5 Pfennig. Caisse principale de l’arrondissement de Hohensalza. Landrat Buresch.
Bon de la caisse principale de l’arrondissement de Hohensalza en Posnanie. Le mandat est signé de la main du comptable de la ville et du maire adjoint.

Soit un total de 36 870 coupures d’une valeur globale de 40 000 marks. Cette monnaie de nécessité a été acceptée de bon gré par tout le monde et a amplement prouvé qu’elle répondait à un besoin réel. Sans elle, il aurait été par exemple impossible de verser les allocations mensuelles d’environ 30 000 marks dues aux proches des conscrits appelés sous les drapeaux. Après avoir changé de mains à plusieurs reprises, et alors que les différents billets des caisses de prêt ont entre-temps été versés, cette monnaie revient aujourd’hui progressivement à la caisse, après deux mois et demi.

L’émission de monnaie de nécessité, à laquelle de nombreuses administrations des provinces orientales ont dû se résoudre (bien que parfois pour d’autres motifs), fait partie des nombreuses tâches difficiles auxquelles les administrations municipales se trouvent confrontées ici, aux frontières de l’Empire, en ces temps de guerre, et auxquelles elles s’efforcent de faire face avec clairvoyance et persévérance. »

À la frontière occidentale également, en Haute-Alsace, on a eu recours à la même mesure, comme le montre la reproduction légèrement réduite d’un bon de caisse de la ville de Gebweiler (Guebwiller), chef-lieu de l’arrondissement du même nom, réalisé à la manière des billets de banque. Imprimé sur du papier jaunâtre en bicolore (vert foncé et vert clair). Le billet, imprimé en deux couleurs (vert foncé et vert clair) est signée de la main du trésorier municipal et du maire adjoint.

Traduction du billet : VILLE DE GEBWEILER. La caisse municipale paiera un Reichsmark au porteur de ce billet, sans vérification d’identité. Gebweiler, le 6 août 1914. Le comptable de la ville. Le maire.
Bon de caisse de la ville de Gebweiler en Haute-Alsace.

Quel travail ces hommes courageux ont accompli en si peu de temps, vu le tirage élevé de ces billets, pour remédier à une situation d’urgence ! Il sera sans doute intéressant pour nos lecteurs d’apprendre que, dès à présent, une forte demande se fait sentir dans les cercles de collectionneurs pour cette monnaie de nécessité, en tant que souvenir d’une époque grande mais difficile.

Les chats militaires

Il est bien connu que chaque soldat fait son devoir. Un collier élégant portant les lettres K.M.K. (Kaiserliche Magazin-Katze – Chat des magasins impériaux) le désigne comme le gardien officiel des précieuses réserves de farine et de céréales de l’armée allemande. Et dans le budget de celle-ci, une somme mensuelle de 2 marks est allouée pour chaque chat des magasins, qui est dépensée en lait et en petits pains. Cependant, ce droit à une subsistance étatique s’accompagne pour le « fonctionnaire » miaulant de l’obligation de « se présenter » lors des inspections de magasins qui ont lieu chaque trimestre. De même, chaque fort possède son chat « subventionné par l’État », appelé le « chat de fort ». Il trouve généralement de bons amis parmi la troupe et contribue grandement, par son ronronnement paisible et ses jeux joyeux, à rendre plus chaleureuse la vie exigüe et monotone des forts.

Source texte et images : Illustrierte Geschichte des Weltkrieges

Voir également : La vie à Berlin en août 1914

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