
Les héros ne se trouvent pas seulement dans les tranchées ou derrière les canons, ni seulement au sein des colonnes de soldats qui marchaient sous le feu des obus. Ceux qui, jour et nuit, ont dû protéger leurs enfants de leur propre corps alors que la guerre éclatait en Lorraine, comptent parmi ces figures courageuses que la mémoire collective doit honorer. Ceux qui, au lendemain du 21 août, ont déblayé les décombres des fermes et des rues du village, puis se sont remis dignement au travail — les femmes et les anciens reprenant la charrue —, méritent tout autant notre respect.
Il suffit de demander aux habitants de Schneckenbusch ce qu’ils ont vécu le 20 août 1914. Ils décrivent une journée de désolation qui s’est abattue sur le petit village. Ils montrent les maisons effondrées, les caves qui leur offraient, à eux et à leurs enfants, un refuge précaire, et les rues devenues silencieuses à la tombée de la nuit, après des heures de combats terrifiants. Ils rappellent enfin l’état de leur église, durement touchée.
Non loin de là, Sarrebourg était prise sous les tirs. Depuis les hauteurs, les obus s’abattaient et le grondement de l’artillerie résonnait sur chaque colline. Les tuiles se détachaient des toits, les fenêtres volaient en éclats, les murs s’écroulaient et les incendies se propageaient. Le canal de la Marne au Rhin, qui longe Schneckenbusch, servait alors de ligne de défense aux troupes françaises. C’est autour du village que le choc des armées eut lieu : les forces françaises, positionnées à l’ouest à travers les massifs vosgiens, et les troupes bavaroises, progressant rapidement depuis l’est et le nord-est. Pris au piège de ce déchaînement de violence, les soldats cherchaient abri derrière chaque haie, chaque arbre, dans les jardins ou dans les caves, alors que l’offensive allemande balayait la plaine de Sarrebourg.
Pour les habitants de Schneckenbusch, restés terrés dans leurs caves au milieu des bombardements, la situation devint dramatique. Évacués de leurs refuges au milieu des sifflements d’obus, nombre d’entre eux furent regroupés dans l’église alors que le bâtiment était lui-même pris sous les tirs croisés. Ce furent des heures d’angoisse absolue. Dans l’église de Schneckenbusch, neuf civils, hommes et femmes, perdirent la vie, écrasés par les pierres et les débris des voûtes. Les stigmates sur les murs et les statues brisées restèrent les témoins de la violence des combats qui s’étaient déroulés en Lorraine.
Leurs tombes se trouvent aujourd’hui dans le cimetière près de l’église. Après ces journées de terreur, l’arrêt des combats apporta un immense soulagement aux survivants. Au milieu des ruines et des blessures profondes infligées à la région, la vie a lentement repris. Privés de clocher, les habitants se rassemblaient dans les granges pour se recueillir.
À l’heure où les échos de la guerre s’éloignent, la mémoire collective se doit de rebâtir ce qui a été détruit. À ceux qui ont enduré ces souffrances, aux victimes civiles du 20 août 1914 et à tous ceux qui reposent à Schneckenbusch, nous rendons aujourd’hui un hommage solennel. Au-delà des déchirements de l’histoire et du sang versé par les soldats, ce sol blessé appelle aujourd’hui au souvenir et à la paix.